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En ces quelques lignes, je vais essayer de faire une rapide synthèse des connaissances historiques sur Saurat et sa vallée pour la période médiévale. Comme je n’ai pas encore tout lu (loin s’en faut), il est certain qu’il y a des lacunes. Certaines parties risquent d’être assez pauvres en informations, d’autres un peu plus développées. Toutefois, je garde bien à l’esprit que cet article n’est pas fini, il n’est qu’une première approche, une première ébauche. Il demande à être enrichi, ce que je ne manquerais pas de faire au fur et à mesure de mes lectures. En outre, étant avide d'informations sur ce sujet, je suis interéssé par toutes remarques. A la fin de cet article sont notées mes sources.

 

 

Etymologie :

 

Il existe plusieurs explications concernant l’étymologie de Saurat. Aucune ne me convient pleinement. Pour certains, « Saurat » serait issu du nom du dieu celtique « Saurhausi ». Le nom de ce dieu a été vu en Comminges. Pour d’autres, il proviendrait d’un certain Sauratus et évoquerait la présence d’une villa gallo-romaine sur le territoire de Saurat. Toutefois, à ma connaissance, aucune découverte archéologique gallo-romaine n’a été répertoriée dans ce village. Bref, notons juste que la rivière traversant cette vallée s’appelle le Saurat.

 

Origine :

 

Nous devons à un certain E ou M Maury l’hypothèse que le village originel de Saurat ne se trouvait pas à son emplacement actuel mais à un endroit appelé encore aujourd’hui La Gardeilhe. A ce lieu-dit se trouve une croix, un calvaire. Il est censé montré l’emplacement de l’ancienne église de cet ancien Saurat. Actuellement, en pénétrant dans les bois à cet endroit, on remarque une zone excavée d’assez grande dimension, mais aucun autre indice. Je ne sais pas à partir de quels éléments ce Maury a bâti cette hypothèse. Y a  t il « fouillé » ? Ce monsieur semble être l’auteur d’une « Frise historique » paru en 1960. Malheureusement et bien évidemment, son livre est introuvable…De quand daterait ce village primitif ? Affaire à suivre.

 

En tout état de cause, le nom de Saurat apparaît pour la première fois en 970 lors de son acquisition par Roger 1er de Carcassonne. Celui-ci échange quelques terres qu’il possède autour de Lordat (village situé entre Tarascon sur Ariège et Ax les Thermes) contre l’église et le lieu de Saurat. Cet échange est aussi la première mention historique de Lordat.

 

Chronologie:

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e5/Hommage_au_Moyen_Age_-_miniature.jpg/800px-Hommage_au_Moyen_Age_-_miniature.jpgSaurat est donc situé dans le comté de Foix, à la frontière entre la vallée de Massat et le Vicdessos. L’histoire semble assez floue jusque vers 1160. A cette date, il semble que le comte de Foix, en accord avec le comte Raimond de Rabat (Rabat est une localité juste au sud de Saurat) et Raimond Amiel, obtient un hommage sur différents châteaux dont celui de Saurat (mais de quel château s’agit il ? Le village de Saurat était il alors ceint de remparts ?). Dans le système féodal cela signifie qu’une convention de vassalité est passée au profit du comte de Foix. Raymond de Rabat cède t il au comte de Foix le « castello de Saurat » ? En revanche, je ne sais quelles raisons ont poussé le comte de Foix a demandé cet hommage.

 

 

Pendant la croisade contre les Albigeois, le Sabarthès est envahi par Simon de Montfort en 1210.  Il prend le château de Quié. Raymond Roger Comte de Foix essaie de reprendre la forteresse détenue par les croisés, mais il doit abandonner le siège face au retour de Simon de Montfort, à cause d’un effectif insuffisant. Il lui abandonne ses machines de guerre. Suite à ce fait de guerre, Simon de Montfort et ses troupes ravagent le Sabarthès. Quatre places fortes (non nommées) auraient été détruites.

 

Vers le milieu du XIII ème siècle, Saurat devient un consulat, cela veut dire que le bourg dispose d’une administration locale. D’abord informelle, elle se structure avec l’augmentation de la population puis elle est reconnue et autorisée par le seigneur. Ce consulat est toujours soumis à l’autorité seigneuriale.

 

Le mot consul est donné aux représentants de la communauté, les interlocuteurs du seigneur. Ce dernier (en l’occurrence le comte de Foix) leur délégue une part plus ou moins importante de ses prérogatives. Il est à noter que les termes de consul et consulat impliquent un certain niveau de prestige et de pouvoir. Toutes les communautés n'ont pas été dotées d’un consulat.

 

Malgré la proche présence d’une puissante famille seigneuriale, les seigneurs de Rabat, ces derniers n’ont  eu aucune influence sur l’histoire de ce bourg. Ces consulats n’ont eu de compte à rendre qu’au seul comte de Foix. Cette situation n’est pas propre à Saurat puisque dans la Haute vallée de l’Ariège les consulats sont nombreux comme à  Quié, Tarascon, Ax et les seigneurs bien peu nombreux.

 

 

En 1262, le 10 des Calendes de juin, Roger IV, Comte de Foix, donne à l’abbaye de Boulbonne  une rente de 200 sous toulsas de revenu annuel qu’il lui assigne sur les revenus de Saurat et les leudes de Tarascon pour la dotation d’une chapelle qu’il devait fonder à Boulbonne et où il devait faire transporter les corps des comtes de Foix ses prédécesseurs.


En 1456, Saurat dépend de la châtellenie de Quié. Celle-ci comprend Aynat, Alliat, Banat- de- dessous, Banat de–dessus, Bédeilhac, Florac, Gourbit, Junac, Lapujade, Niaux et Surba. Est-ce la fin du consulat de Saurat ?


Economie:

 

En plus d’une activité agricole, il y a à Saurat toute une industrie rurale. En effet, en  1390, au moins 11 forges sont recensées dans le pays de Foix dont une à Saurat. L’activité métallurgique existe dès le XIII  ème siècle, mais elle se développe au XIV ème siècle avec probablement la guerre de Cent Ans. Plus précisément c’est en 1343, que le comte de Foix Gaston II, autorise l’exploitation des mines de fer dans la vallée de Saurat. Pour que les forges fonctionnent, il y a donc toute une activité d’extraction de matières premières et de charbonniers.

 

Démographie:

 

  En 1390, lors du dénombrement initié par Gaston Phébus, comte de Foix, à Saurat sont dénombrés 80 feux. En comparaison, à Tarascon sur Ariège, il y en a 201. On compte en général 5 à 6 personnes par feu. Un recensement de 1765 nous apprend qu’à Saurat il y a 2520 habitants. Le bourg de Saurat a compté au maximum 4456 habitants en 1851. Actuellement, il y en a 592 (soit à peine plus qu'en 1390)….

 

Extrait de la carte de Cassini:

 

 

Dans l’actuel village de Saurat outre le bourg et son église se dressent 4 forteresses.

 

Montorgueil :

 

Cette ancienne fortification se trouve perchée au sommet d’une éminence à 865 m d’altitude. Seuls deux pans de murs d'une tour subsiste.  Même si de nos jours cette tour est en quelque sorte l’emblème de Saurat, elle se situe officiellement sur le territoire de la commune de Bedeilhac, près du hameau d’Aynat.

 

 

La première mention historique date de 1213 sous l’appellation castrum de Enato (fortification d’Aynat), elle dépend alors du comte de Foix. La fondation de cette tour a été datée entre 1163 et 1213 en comparant ses maçonneries à celles de châteaux fouillées et étudiés récemment comme Montreal de Sos par exemple. « Ces caractéristiques du bâti sont tout à fait identiques à celles des murs de l’enceinte interne (M 11-17b) et de la tour du Campanal de Montréal-de-Sos. Elles s’approchent aussi grandement du mur du donjon (M1) si on fait abstraction des réemploiementss propres à Montréal. Le M 11 a été daté du premier quart du XIIIe siècle, le M1 paraît être du dernier tiers du XIIe siècle ou du tournant des XII-XIIIe siècles. »

 

 

Cette tour a été édifiée par les contes de Foix après leur reprise en main de cette région vers 1160 Comme la fortification de Saurat n’a pas survécu à cette reprise en main, les comtes font construire un nouveau château afin de marquer leur pouvoir et de montrer leur main mise. Cette fortification semble avoir été abandonnée assez rapidement puisqu’elle disparaît des sources écrites dès le premiers tiers du XIIIémé siècle.

 

 

Le mot Montorgueil est composé de « mont » et d’ « orgueil ». Autant, la partie « Mont » est assez courant e autant, la partie « orgueil » est rare dans la toponymie locale. … « le qualificatif en –orgueil … pourrait être une francisation tardive d’-arguel. Une enquête auprès des habitants est à mener, car ce critère est d’intérêt : s’il s’avère qu’il s’agit bien d’orgeuil, cette fortification se rapproche encore plus de Mont-réal (royal) dont le toponyme est avant tout démonstratif de la puissance et de la symbolique démesurée que les comtes de Foix ont donné à leurs nouveaux ouvrages dans cette chronologie ».

 

DSCN0478.JPG


La construction initiale était bien plus importante que les vestiges que l’on voit aujourd’hui. Plusieurs plates-formes comportant de nettes marques de retailles, aménagements se développent vers l’ouest et vers le nord, quelques mètres sous l’éperon portant la tour maîtresse.

Alors que les écrits mentionnant Montorgueil disparaissent courant XIII ème siècle, apparaissent ceux décrivant la fondation du château de Calamès.

 

 

Calamès :

 

Cette tour se trouve au sommet d’un roc très escarpé à 1000 m d’altitude, au sud du Saurat et non au nord comme la tour Montorgueil. Le bâti de cet ouvrage suggère comme la documentation que cette forteresse dut remplacer la tour  Montorgueil dans le cadre du réseau de fortifications comtales entre 1213 et 1272.

 

 

J’ai trouvé à plusieurs endroits des mentions évoquant un passé plus ancien pour cette tour. En effet, certains prétendent que son origine pourrait remonter à la fin du VIII ème siècle. Le comte de Toulouse, Eudes, afin de surveiller le bassin de Tarascon.qui n’avait pas été envahi par les Sarrasins a fait édifier un certain nombre de tours de guet. Du sommet de cette montagne, la vue est bonne sur la vallée de Tarascon.

 

Y a-t-il eu un état antérieur à la construction que nous voyons aujourd’hui, rien n’est moins sûr, mais en tout cas Calamès devint le siège d'une châtellenie au XIII ème siècle. Un officier comtal y habita régulièrement en 1229. Il s’agit de Pierre de Calamès. Il est connu des sources historiques puisqu’il assista à la flagellation de Raymond VII, comte de Toulouse, en expiation de ses errements devant l’autel de Notre-Dame-de-Paris en présence du jeune roi Louis IX et des légats pontificaux.

 

Il apparait que Calamès faisait partie d’une importante ligne de défense qui protégeait cette partie du Haut comté de Foix avec les citadelles de Montréal de Sos (château d’Olbier), celles de Miglos, de Castel Merle et Génat.

 

Miglos:

 

En 1272, Philippe III leva une armée afin de défaire le comte de Foix Roger Bernard III. En effet, celui-ci provoquait des heurts permanents avec les officiers royaux. Le roi exaspéré voulut y mettre un terme. Lors du siège de Foix, le comte de Foix dut se rendre malgré une tentative de négociation menée par Jacques I d’Aragon et par Gaston VII de Béarn. Le comte refusa les conditions fixées par le roi de France. Afin de protéger ses possessions, le comte de Foix ordonna à ses officiers comtaux de remettre les châteaux du haut pays de Foix aux représentants du roi d’Aragon. Celui-ci remit au roi de France tout d’abord le château de Foix puis celui de Calamès. Roger Bernard sortit de la prison de Carcassonne à la fin de l’année 1273. Il ne rentra en possession de ses châteaux du haut comté qu’en 1277. Il dut pour se faire rendre hommage au roi de France pour l’ensemble du comté de Foix.

 

Ce château perdit tout intérêt avec l’avènement de la commune de Saurat .

 

J’ai trouvé cette mention : en 1589, Calamès devint forteresse et prison royale. Mais je ne connais pas la provenance de cette info.

 

 

Miramont

 

Le château de Miramont est situé sur une crête rocheuse séparant les communes de Rabat Les Trois Seigneurs et de Saurat. Le château a été entièrement rasé, mais ses terrasses de soutènement sont encore visibles sur la roche bombée qui le supportait. Cette roche est appelée "la roche ronde", ou « Roc des Iregges ».

 

 

Attesté en 779, il fut rasé en 1247. En effet, un texte de l'an 779 mentionne que la forteresse surveillait le pays alors envahi par les Sarrasins, et que ceux-ci n'avaient pas réussi à la faire capituler. Ce château n’a pas survécu à la Croisade contre les Albigeois. En 1247, le château de Miramont est rasé par Roger IV de Foix qui dépouille sous prétexte d'hérésie Raymond de Rabat (fortement impliqué dans le mouvement cathare) de tous ses biens. Celui ci lui fera un procès pour s'en plaindre en 1250.

 

Nous n’avons que bien peu d’information sur ce château. Nous ne disposons que d’une description datant de 1905 et écrite par Louis Gaussen, dans son ouvrage Département de l'Ariège, histoire, sites et légendes :

" A quelques mètres des mines de Calamès, si on continue d'avancer sur la crête de la colline qui sépare la vallée de Saurat de celle de Rabat, on rencontre un pic d'un abord aisé, du coté septentrional, mais inaccessible du coté du midi; il est désigné dans la langue du pays sous le nom de Roque des Irreges, rocher des sauvages. (...)

 

D'après les fondements encore marqués par des pierres taillées avec soin, il y avait cinq parties dans cette étrange habitation. D'abord une tour ronde, puis un appartement rectangulaire; auprès, une seconde tour, ronde comme la première et jetée à l'extrémité du roc, à deux pas de l'abîme; venait ensuite une autre pièce oblongue; enfin, on voyait au bout opposé une troisième tour semblable aux deux autres. »

Aujourd'hui, on voit encore quelques vestiges de murailles dessinant les contours de l'enceinte qui mesurait 46 mètres de long et 4 de large. A l'extrémité occidentale, se trouve un espace carré, en contre-bas : l'emplacement du donjon.

 


Le seuil de la porte d'entrée du donjon, en granit rose, présentait une usure démontrant que le château avait été longtemps habité. Plus loin, une 2ième ouverture, un autre espace carré et par une 3ième porte, on entrait dans une salle de 32 mètres de long. Au Nord, une autre ouverture faisait pénétrer dans une tour.


On a trouvé au dehors les restes d'une citerne cimentée en rouge et à la droite de la porte d'entrée, une pièce qui mesurait 8 ou 10 mètres de long. Egalement au dehors de l'enceinte, se dressaient une tour à éperon an Nord-Ouest, vers le Col de Port, et une tour ronde se dressait du côté de Rabat.

 

 

Pendant la Croisade contre les Albigeois, le château servit de refuge aux hérétiques (les irretges), notamment Bernard de Salsenac, Raimond Tournier, Guillaume de Lagleize, Guilhabert de Castres, Bernard Marty. Ces deux derniers hommes de par leur action d'inlassable voyageur dans la région, au nez et à la barbe de l'inquisition, furent les vecteurs fondamentaux de l'extension du catharisme dans le Languedoc. Cette situation explique la tradition locale qui veut que Miramont ait été le dernier château cathare.

 

 

Montjoui

Ce château est le moins bien documenté. Il se trouve au sud est du piton de Siech à environ 750 m d’altitude. Il ne subsiste que des ruines d’une tour maintenant englobée dans une ferme. Elles ne sont que difficilement accessibles. Il est à noter que les restes de ce château se trouvent à peu de distance de l’emplacement supposé de l’ancien village de Saurat.

 

Sources :


Cahiers de Bernard de Caux; 1243-1247 Ms Doat XXII B.n. Traduction de Jean Duvernoy

 

Rabat les trois seigneurs - Chapitre Histoire, page Étymologie [archive]


Rabat les Trois Seigneurs

 

http://latourdemontorgueil.e-monsite.com/rubrique,historique,32620.html

 

http://valleedesaurat.free.fr/


http://www.terrecourage.com/Index?&$charset=utf-8

 

http://tarasconportedesmontagnes.over-blog.com/

 

Claudine Pailhès : «  Le Comté De Foix - Un Pays Et Des Hommes, Regards Sur Un Comté Pyrénéen Au Moyen Age » Editions La Louve 2006

 

Adelin Moulis : «  L'ariège Et Ses Chateaux Féodaux »  Editions Resonnances - 1979

 

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