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Depuis un certain temps, sur le web, il est facile de visionner des vidéos telles que celle ci: 

 

 

Ou comme celle la:

 

 

 

 

On a envie de se laisser attendrir par ce monsieur tant il est habité par sa passion. Il en est presque sympathique. En apparence, son loisir est plaisant: se balader dehors, trouver des objets anciens. Ca semble passionnant.

 

Ce genre de trouvailles s'achète et participe d'une économie, arrondissant les fins de mois de certains détectoristes. Il n'est pas besoin d'aller chez un numismate (bien qu'ils vendent des monnaies aussi), pour cela il suffit d'aller sur e-bay, le bon coin....etc Je vous conseille d'aller vérifier par vous-mêmes, en tapant, par exemple, "monnaies romaines", "fibules"....etc Vous y verrez un nombre plus que considérable d'entrées.....

 

Malheureusement, cette activité est non seulement illégale, mais elle participe, en outre, au pillage de sites archéologiques  On entend assez souvent parler de la destruction par le pillage de sites antiques en Irak, en Afghanistan, mais cela a cours aussi en France. J'en ai parlé à l'époque ici. En effet, les monnaies romaines, les fibules mérivongiennes, les armes des soldats de la première guerre mondiale ne se trouvent pas comme ça au milieu de rien, mais bien dans des sites archéologiques (connus pour certains ou encore inconnus). On pourrait croire que j'exagère, mais je n'invente rien. Monsieur Bandarin, sous directeur de l'UNESCO, le 26 janvier 2011 lors d'une interview accordée à l'émission des Racines et des Ailes a rappelé cette situation.

 

http://ubprehistoire.free.fr/Accueil%20images/clando%20petit.jpg

http://ubprehistoire.free.fr/

 

L'un des problèmes du prélèvement d'objets archéologiques vient du fait qu'ils sont extirpés de leur contexte originel. Si l'objet en lui même comporte un certain nombre d'informations non négligeables, l'environnement dans lequel il a été trouvé est, à mon sens, bien plus important. Je vais continuer avec les exemples des monnaies (objet de tous les fantasmes). Une monnaie découverte dans une sépulture (dans la bouche d'un squellette), dans une voirie, dans une échoppe d'artisan, dans une poterie enfouie dans une maison, dans une tranchée de fondation d'un temple reste toujours la même mais n'a pas du tout la même signification, la même importance, la même symbolique. Quand un objet est arraché de son contexte en pratiquant un trou pouvant atteindre 0.50 m de profondeur, toutes ces informations scientifiques sont perdues et définitivement perdues. Ce sont des pans entiers de la connaissance qui sont ainsi détruits. Le patrimoine archéolgique n'est pas une ressource renouvelable!

 

En faisant bref, ces objets sont prélevés sans aucune méthodologie scientifique. Ils sont collectés ou à des fins personnelles ou mercantiles. Ces fouilles clandestines ne peuvent être qualifiées d'archéologiques  puisque l'archéologie "recueille et étudie tous les indices, même les plus humbles, laissés par les sociétés passées pour tenter d'en restituer les modes de vie, l'habitat, la vie quotidienne, les pratiques religieuses, les moyens de subsistance, la gestion de l'espace, l'organisation sociale et, même, l'impact sur l'environnement. Ce sont donc ces "archives du sol" que détruisent les utilisateurs sauvages de détecteurs, la plupart du temps pour un maigre butin de monnaies romaines sans valeur vénale"  Interview de J.P Jacob, préseident de l'INRAP au journal Le Monde.

 

http://www.inrap.fr/userdata/c_bloc/45/45294/420_45294_vignette_Noyon-pillage-06-445.jpg

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Communiques-de-presse/Archives/2010/p-12438-Le-Monde.fr-du-24-decembre-publie-une-tribune-de-Jean-Paul-Jacob-consacree-au-pillage.htm

 

En outre, les détectoristes utilsent des engins soumis à une législation très précise, les détecteurs de métaux. Je rappelle ceci provenant du  Code du patrimoine, livre V, art L.542.1 et art. R.544-3 :" quiconque utilise du matériel permettant la détection d’objets métalliques sans avoir obtenu une autorisation administrative est puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 3 000 €". De nos jours, cette autorisation n'est plus guère donnée. Or, sans autorisation il est clairement interdit de rechercher des objets archéologiques avec un tel engin.

 

Il se pose également le problème de la propriété du sol. Ainsi, quand un détectoriste va dans une parcelle quelconque, il lui faut à la fois l'autorisation d'un Service Régional de l'Archéologie (dépendant d'une Direction Régionale des Affaires Culturelles, dépendant du Préfet) et du propriétaire du terrain. S'il n'a aucune des deux, il s'agit bien respectivement de pillage et de vol. L’article 311-1 du Code Pénal sanctionne le vol et l’article 311-13 du Code Pénal sanctionne la tentative de vol. Le trente-quatrième article de la loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008 prévoit une aggravation des peines en cas de vol portant sur « une découverte archéologique faite au cours de fouilles ou fortuitement », soit de 7 à 10 ans de prison et de 100 000 à 150 000 euros d’amende (art. 311-4-2 du code pénal).

 

Une personne utilisant un détecteur ne peut prévaloir une découverte de mobilier archéologique de "découverte fortuite". Ben oui, quand on se balade dans un champ avec un détecteur, une pelle et quand on est habillé en paramilitaire, la découverte ne se fait par hasard!! Par conséquent, un utilisateur de détecteur de métaux menant des prospections ne peut revendiquer aucun droit de propriété sur sa ou ses découvertes. S'il a passé une convention, avec un propriétaire, définissant à l'avance le partage des découvertes éventuelles, celle-ci n'a aucune valeur juridique puisqu'un tel document ne peut prendre en compte que des biens déjà connus et estimés.

 

Bref, en dépit de son aspect  sympathique de baroudeur, d'aventurier, de passionné se promenant dans les bois, les champs, cette activité met en danger la pérennité de nombreux sites archéologiques, la sauvegarde du patrimoine national et mondial. Alors que la détection est une activité finalement interdite, en France, le paradoxe tient en ce que la vente de détecteur est permise....Il y a là une aberration qu'il faudrait peut être résoudre. Une association se consacre à la luute contre le pillage, il s'agit de l'HAPPAH.

Tag(s) : #Niouzes, #archéologie